Projet de régulation des populations de silure sur la Dordogne Bergeracoise Retour

Un projet de régulation du silure, porté par l’établissement public EPIDOR et les pêcheurs professionnels fluviaux a été récemment présenté pour validation auprès de l’administration de notre département. Cette “expérimentation” vise à réguler, au filet, à la nasse et au cordeau, les populations de silures autour des zones sensibles que sont les barrages de la Dordogne situés autour de Bergerac afin de “préserver” les populations de poissons migrateurs. Questionnée réglementairement à ce sujet, notre fédération a émis les remarques suivantes à la direction départementale des territoires de la Dordogne :

– la destruction des silures capturés lors de l’expérimentation ne nous semble pas opportune. En effet, comme nous vous l’avions déjà indiqué, la population de silures de la Dordogne semble être parvenue à l’équilibre grâce à la présence de gros sujets qui (études à l’appui) régulent le peuplement en place. Prélever ces poissons âgés d’une vingtaine d’années pourrait dynamiser la population de silures en favorisant le recrutement de juvéniles et ainsi impacter toute l’ichtyofaune du cours d’eau. De plus, ils sont particulièrement prisés par les pêcheurs de loisir ce qui génère localement des recettes économiques conséquentes (plus de 3000 pêcheurs de loisir présents sur le secteur). Il nous semble donc que le déplacement sans mise à mort des silures capturés serait préférable.

– les distances de pêche envisagées, en amont et en aval des trois ouvrages concernés, apparaissent excessives. En effet, de nombreuses zones de reproductions des poissons migrateurs (aloses, lamproies) se situent dans les 500 m en aval des trois barrages. Il n’est donc pas opportun de disposer des engins de pêche sur ces secteurs, en pleine période de reproduction de ces espèces. Concernant l’amont des ouvrages, seule la sortie des passes à poissons apparaît comme une zone sensible à la prédation des poissons migrateurs par les silures. En conséquence, limiter la zone d’expérimentation à 100m à l’amont et 100m à l’aval de chaque ouvrage est plus judicieux.

– la durée envisagée de pose des cordeaux (48 heures) semble trop longue. En effet, tout poisson capturé accidentellement serait certainement mort. La durée de pose devrait donc être limitée à une nuit. De plus, l’écartement de 25 mm des hameçons paraît être bien faible. 60 mm serait plus adapté afin de limiter les captures accessoires.

– l’alternance d’actions hebdomadaires sur chaque barrage est pleinement justifiée pour des raisons techniques et de surveillance de l’expérimentation.

Enfin, je souhaite vous signifier mon incompréhension de voir mettre en place de telles expérimentations visant à sauvegarder des populations de poissons migrateurs en danger d’extinction alors que la pêche commerciale de certaines de ces espèces est encore autorisée sur la Dordogne aval. En effet, bien que les populations de lamproie marine se soient effondrées ces dix dernières années la pêche intensive (amateurs et professionnels) est toujours possible dans le département Gironde. Ne faudrait-il pas interdire définitivement ces pratiques ?

Fédération de Pêche de la Dordogne

9 mars 2020